SOKEY EDORH, peintre: L’homme qui a dompté la latérite

sokey.jpgLa création plastique au Togo manifeste une volonté de recherche et de créativité qui hisse la production artistique de ce pays à un niveau de qualité comparable à ce qui se fait ailleurs. Parmi les pinceaux qui innovent, il est difficile de ne pas citer Sokey Edorh, un artiste plein d’expérience. A l’aide d’un matériau de prédilection emprunté au vaste vivier africain, Sokey Edorh, plasticien togolais, inscrit sa pratique parmi celles qui comptent à notre époque.

Sa démarche artistique vise à affranchir l’Afrique de tous les préjugés. Il est de ceux qui, dès l’enfance, « fermentent » et mettent en question leur environnement humain et matériel. N’ayant pas l’aisance des mots, il choisit les formes en se servant du dessin. En 1974, en classe de 4ème, il introduit sa passion dans l’enceinte de ont établissement scolaire (lycée de Tsévié, à 30 km de Lomé, la capitale togolaise) en faisant des exposition de fortune. Ce penchant pour la peinture conduit presque à une rupture des liens avec sa famille. Ses parents ne prévoyaient pas pour lui un destin d’artiste, mais Sokey tenait bien à faire de la peinture sa profession, sa raison de vivre. Pendant ses études universitaires, il n’hésite pas, avec son pinceau, à dénoncer les tares sociales. En 1987, en utilisant une décoction à base de henné, il représente sur une toile intitulée « Le policier » deux agents de la circulation dont le jeu favori est d’extorquer de l’argent aux passants. Une preuve d’audace puisqu’un an plus tôt, l’artiste avait été contraint de démonter son exposition à la cafétéria universitaire où il montrait des hommes pendus, des prisonniers et des rois qui dévoraient leurs populations pendant que celle-ci criaient : « Vive le roi ! ». Cette ténacité du plasticien a fait dire à l’écrivain togolais Kangni Alem que sa démarche obéit généralement au schéma d’une lutte sans merci contre l’avancée et l’emprise du désert de l’esprit. Une observation qui est confortée par ces propos de l’artiste lui-même : « Le désert s’étend, mon désert s’étend. L’horizon de l’espoir est loin de moi ». L’ancien étudiant en Philosophie avait écrit ces mots lors d’un bivouac d’artistes auquel il prit part en 1994 dans le désert au Niger. Après des études à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Bordeaux (France), Sokey Edorh a qualifié lui-même d’amateur l’artiste qu’il était auparavant. Ayant découvert la pédagogie qui régit les arts visuels, il a compris la nécessité d’appliquer une technique sincère à son travail et d’orienter celui-ci vers une recherche approfondie, pointue et aiguë. Il se met dès lors en quête de ce qui peut le distinguer des autres plasticiens. Ses attentes sont comblées lors d’un voyage à Korhogo, au Nord de la Côte d’Ivoire, où il a trouvé l’idée de faire de la latérite son matériau de création artistique. En effet, ce matériau de construction et de fabrication d’objets artisanaux et sacrés l’émerveille. Il y a une sorte de complicité entre Sokey et la latérite et il semble se sentir parfaitement en phase avec cette terre rouge qui l’inspire et lui donne la possibilité de se renouveler, comme l’a remarqué Edwige Aplogan, une artiste béninoise. Selon cette dernière, l’art n’a d’autre finalité que de s’intégrer à la vie et de rendre compte de son temps. Une conception que ne partage pas Sokey Edorh qui estime que l’artiste n’est pas tenu de faire le reportage de son époque, mais de chercher à être de tout temps. Il l’explique par son matériau, la latérite, qui jadis a servi à peindre les symboles rupestres et qu’il intègre aujourd’hui dans ses propres peintures. Un autre voyage, au Mali, en pays Dogon, lui a donné l’idée d’utiliser un matériau suranné pour décrire quelque chose d’actuel. Lui qui est curieux de nature a été frappé par la proximité entre l’alphabet latin et l’écriture Dogon réservée aux initiés, mais qu’il parviendra à déchiffrer. Depuis, il livre ses messages à travers des toiles où « grouillent » une multitude de signes et de symboles dont lui seul connaît la signification. Œuvres abstraites, les productions artistiques de Sokey Edorh, en utilisant la latérite ou les idéogrammes traditionnels, s’enracinent dans le sol et l’histoire de l’Afrique. Les idéogrammes que décrit son pinceau sont bien ceux que nous retrouvons dans nos libations, scarifications ou signes cabalistiques lors des cérémonies rituelles. Cet artiste a bien raison de dire qu’il œuvre pour l’épanouissement de son contient.

Publié in Afrik’Arts, une revue spécialisée sur les Arts Visuels et éditée par Dak’Art, la Biennale de l’Art Africain Contemporain

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7 réflexions sur “SOKEY EDORH, peintre: L’homme qui a dompté la latérite

  1. Hortense, ravi de découvrir ton blog, que j’ai immédiatement signalé en lien sur le mien. Plus on sera nombreux à bloguer, plus tu verras l’esprit internet s’éveillera. Concernant Sokey, es-tu au courant de sa dernière performance? Tu devrais t’y intéresser. De quoi s’agit-il? je t’explique, même si tu ne peux voir la photo de la performance. Trois personnages habillés en costume portant des masques anciens africains débarquent sur un dépotoir et téléphonent avec leur portable. Le geste est comique et caricatural. Tantôt ils pissent sur le dépotoir, tantôt ils mettent la main à la poche, tantôt ils nettoient leur costume avec leur mouchoir blanc. Je précise qu’ils ont des cravates taillées dans les drapeaux américain, français et anglais.
    Quelle idée derrière un tel concept, ai-je demandé à Sokey. Voici sa réponse: “L’Afrique est en ruine ; nos dirigeants ont leurs comptes bancaires en Suisse (par exemple : Abacha). Le fils d’Ignace a une Porsche 4×4 et il a été vu peinant à conduire sur nos routes cabossées, inondées de boue.
    C’est le gaspillage des fonds publics pour le luxe personnel.
    Acôté de nos dirigeants, il y a une classe d’aculturés et une majorité de la population qui détestent les produits locaux et donnent plus de valeurs à des produits importés de l’occident ou d’ailleurs. Aujourd’hui, toute l’Afrique est en faillite à cause de la persistance d’une éducation coloniale qui encourage le rejet de la tradition. Pour preuve, les premiers prêtres précédant la colonisation n’ont-ils pas fait jeter les masques sur les dépotoirs ? Ces masques qui, aujourd’hui, se trouvent dans des grands musées occidentaux et vendus aux enchères à des prix exorbitants ? Voilà l’idée générale de ce que je voulais exprimer.
    A toi de voir, si Sokey est à Lomé, ce que tu peux en tirer, concernant ce dernier concept. A suivre… toujours!

  2. La photo de cette performance se trouve sur mon site :www.sogalerie.fr.st
    Sokey Edorh, au USA jusqu’au 25 avril 2007,je vous contacte a mon retour et vous aurez la photo en vrai.

  3. Sokey,
    This computer doesn’t have your email address in it…it’s a friend’s computer, and I forgot to write your new address down in my address book, so I’m trying to contact you this way.
    Mawuena arrived safely in Vancouver yesterday, via NY where he said he was very kindly treated. Thankyou for helping him.
    I think his paintings are good… don’t you? He has his father’s flair. And I LOVE the green painting you painted. PLEASE tell Mawuena to give it to me. He wants to give it to someone else who doesn’t even know your work. It’s such a wonderful departure from your earth tones, which I love also, but this one is so easy on the eyes… so calm and fresh. Maybe you can convince him that this piece should go to me….?
    How do you feel now that he has gone? Do you feel that you have more space? Do you miss him? Was it a satisfying visit?
    I haven’t seen the pictures yet, or heard half the stories. He was glad to return and see me and Leah.
    I couldn’t stop smiling! He shaved his mustache! I liked it.
    Got to go to work. Please write,
    Joey

  4. je vous ai acheter deux tableaux en 1997 au togo dans votre atelier

    ou exposz vous dans l’année pour que je vois ce que vous faites

    je ne ma lasse pas de les regarder et de les expliquer à mes amis

    salutations distinguées

  5. bonjour monsieur sockey c’est un honneure pour moi de vous ecrire juste vous encouragé et vous félicité dans votre carière.Que Dieu vous bénit. de la part de votre fille vivi.

  6. bonjour monsieur sokey ce fut une grande plaisir pour moi de vous écrire enfin de vous féliciter pour tout les œuvres que vous êtes entrais de fournir non seulement pour l’honneur du Togo notre patrie mais surtout pour l’Afrique en particulier .que vos chemin soit doter de succès merci.

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