Publié par : Hortense ATIFUFU | décembre 16, 2008

Le point de vue des uns suscite celui d’autres acteurs culturels du Togo et du Bénin

M. Pascal Zantou journaliste au Bénin réagit à l’offre de M. Alioune Badiane

 

 Bonjour,

La perception de Monsieur Alioune Badiane de l’art africain me laisse sur ma faim. Qu’appelle-t-il “situations respectives” et “art métis” ? Une œuvre créée par un Africain est de l’art africain tout court.

 Art métis, peut-il y avoir aujourd’hui d’art non métissé ?

 L’art européen comme l’art américain et l’art asiatique sont métis. Ne nous ghettoïsons pas en Afrique.

 Merci

 

Rappel de l’offre de Monsieur Alioune BADIANE Directeur des Arts :

 

Pour moi, le concept “d’art africain” renvoie à l’art des Africains, dans leurs situations respectives. Comme les identités et les environnements sont de plus en plus diversifiés chez les Africains, il ne s’agit surtout pas d’y voir un art monolithique séparé des autres. Aujourd’hui, l’art africain est nécessairement un art métis, parce qu’il est ouvert. Le monde est devenu un village planétaire. C’est l’artiste qui fait l’art de son choix et il faut le lui reconnaître, s’il assume ses choix.

 

 

 

LAKA artiste plasticien à Lomé au Togo réagit deux fois à la suite de M. Ousseynou Wade:

 

Première réaction :

 

Cher Sidy,

 

Je profite de cette interview “rafraichissante” de M. Ousseynou Wade Secrétaire Général de la Biennale de l’Art Africain Contemporain pour renouer un peu le contact.

 

je suis heureux de la vitalité des savoirs échangés. Le problème identitaire dans l’art et sa pratique contemporaine me fatiguent un peu par sa redondance. Je ne sais pas ce qu’on veut défendre ou proscrire. Si on doit toujours faire le jeu de la démonstration de nos capacités artistiques par rapport au Nord, on tombe dans un débat vain. Le problème n’est pas que notre pratique soit “africaine” ou “universelle” c’est qu’elle soit vivante, soutenue, reconnue et systématisée par des courants que l’on peut en dégager. Le reste, c’est du bla bla bla, chacun menant sa pratique d’après le but avoué ou non qu’il recherche, pour la plus part, c’est désespérant, c’est manger du caviar et rouler dans une ruineuse 4X4.

 

Seconde réaction :

 

 

Cher Sidy,

 

Je pense que le Dak’Art est terminé pour cette année. J’espère que les retombées seront bonnes pour l’art africain. L’art africain est un sujet très intéressant qui pique toujours mon intérêt, et qui est toujours en débat sur ton blog. Je pense qu’il existe bel et bien une expression “africaine” de l’Art, une ou plusieurs singularités qui peuvent ensuite être reversées à l’Universel. Le grand danger, c’est que cette expression de l’Art n’est pas structurée, n’a aucune base réellement scientifique, il n’y a même pas de définition de ses différents courants. Aucun africain ne fait un travail raisonné dessus, il n’y a enfin aucune transmission des savoir-faire !!! C’est gravissime, d’autant plus que les milieux financiers et de la “grande-distribution culturelle” forgent de toutes pièces des “artistes africains” vendables, des sous-produits de leurs propres visions de l’Art… C’est tellement affligeant que je me demande pourquoi on continue autant par dormir??? Je pense que la base et le gros de la réflexion, ce sera de savoir comment échapper à la dépendance financière des petits et des grands potentats de l’art. C’est bête ! C’est trivial ! Mais tout le problème se situe là, parce que c’est trop difficile de demander à un nègre de vraiment réfléchir.

 

Bien de choses à toi, et très cordialement,

 

Rappel de l’offre de M. Ousseynou WADE Secrétaire Général de la Biennale DAK’ART :

 

La polémique sur l’identité de l’Art est un piège. Cela ne veut pas dire que l’on ne doit pas exprimer une appartenance quelconque à un environnement social  déterminé parce que le social nous détermine dans tous les cas. D’ailleurs, on ne cherche pas toujours à  exprimer cette appartenance là, elle s’exprime d’elle-même. Si le sentiment d’appartenance s’exprime en général naturellement en chacun sous diverses formes, il convient d’admettre que l’identité culturelle qui le fonde et qui le nourrit reste une réalité dynamique. Toutes les sociétés au monde sont soumises à une double dynamique : celle du dedans et celle du dehors. Il s’agit pour chacune d’elles de veiller à maintenir les équilibres par la conservation et la transmission du noyau positif des valeurs qui les fondent et par une intégration intelligente des influences positives du dehors.

 

 

 

Par ailleurs, l’Afrique n’est pas une réalité historique et sociale uniforme. Elle présente des particularités évidentes parfois très prononcées. Réduire, sous ce rapport, la perception des productions des artistes africains sous l’angle d’un format à référence unique ne permet pas de prendre en compte au moins quatre données essentielles :

 

 

 

la personnalité individuelle de l’artiste ;

l’appartenance de l’artiste à plusieurs espaces collectifs ;

l’expérience acquise par l’artiste au gré de ses contacts avec d’autres réalités ;

l’accès aux sources d’information qui permet d’être à l’écoute de tout ce qui se passe à travers le monde et de rompre, par la même occasion d’avec l’isolement dans lequel certains considèrent encore l’Afrique confinée.

 

 

 Pour toutes ces considérations, il me semble important, pour l’artiste africain, aujourd’hui, de laisser libre cours à son imagination créatrice, avec les outils dont il dispose, dans le regard qu’il porte sur lui-même, sur son environnement immédiat et sur le monde, sans céder à la tentation de chercher à satisfaire, rien que pour des besoins bassement mercantiles, des secteurs curieux de retrouver à travers des œuvres, l’Afrique de leurs fantasmes, de leur représentation exotique.  

 


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