Réaction du professeur Roger SOME Université de Strasbourg France
Chères, chers, ami(e)s du réseau,
Je me suis déjà exprimé sur cette question. J’imagine que tous les membres du réseau lisent les différentes réactions ou réponses aux questions. Toutefois et sans être long je réagirai à la réponse de Christophe Sawadogo en disant qu’il faut être extrêmement prudent. L’ouverture à l’univers, voire la prétention à l’universel n’exclut pas l’affirmation de l’identité. Par ailleurs la diversité africaine n’exclut pas la possibilité d’entrevoir un socle commun à partir duquel cette même diversité pourrait fonder sa légitimité. La transformation des éléments venus d’ailleurs, leur assimilation en conjugaison avec ce qui avait été ancestralement déterminant pour l’histoire de l’Afrique est ce qui fera entrer l’art et l’artiste africains dans le champ de l’universel. Le contraire serait une perte de soi, c’est-à-dire de son être en tant que identitairement déterminé. La “réponse universelle à certaines de ses préoccupations esthétiques locales” ne sera trouvée que dans la mesure où il saura d’abord se positionner avec soi-même. Je vous invite à lire ce livre d’entretien de Joseph Ki-Zerbo avec René Holenstein, A QUAND L’AFRIQUE ?, éd. de l’Aube, 2003. Vous y trouverez quelques pistes de réflexion.
Bon courage et bon travail à toutes et à tous.
Réaction de M. Joseph ADANDE Maître- Assistant d’histoire de l’art à l’Université d’Abomey Calavi, R. Bénin.
Que signifie l’art africain?
C’est d’abord un “art”, ce qui n’est pas peu dire. Comme tout art, l’art africain renvoie à la créativité, c’est-à-dire à l’inédit. Pour être plus concret, disons qu’il est une expression visuelle, auditive, gestuelle, ou autre de l’imaginaire de l’africain et comme tel, différent des autres imaginaires. Dans une telle expression, le créateur laisse transparaître le regard de l’africain – en principe homme de l’Afrique- sur le monde. La même chose peut se dire d’une autre façon: “L’art africain est l’incarnation [dans une matière] de la créativité de l’africain” nourrie de son être profond. Un tel art reflète les pensées, le savoir-faire, le rapport avec d’autres plans de l’existence que l’Africain tient de ses ancêtres et qu’il est fier de perpétuer et de transmettre.
Réaction de Mme Bisi Silva:
Depuis une vingtaine d’années, ni la question ni la réponse ne font avancer la discussion. Est-ce que nous, en tant qu’Africains, ne sommes pas fatigués de toujours poser la même question?
On ne semble pas scruter l’avenir, un avenir possible ou potentiel en demandant ce que l’art africain pourrait être dans 5ans, 10ans ou même dans 50ans. Est-ce que l’art africain contemporain aura une plus grande audience en Afrique et dans le monde dans 10ans ? Et si oui de quelle manière? Voila des questions extrêmement importantes sur l’avenir de l’art en Afrique et qui méritent d’être explorées.
Réaction de M. Ousmane NDIAYE maîtrisard en philosophie UCAD (année 1999-2000)
Quoique soit difficile d’en parler, il faut toujours donner un nom à une chose pour lui permettre d’acquérir une existence concrète. Nommer une chose c’est lui permettre de retrouver un nom et une identité au delà même des limites sédentaires de l’espace et du temps. L’art, certes, refuserait ce cantonnement mais quand il s’agit de parler de l’œuvre d’art en tant que telle, il serait dérisoire de vouloir se limiter au caractère universel qui est son adjectif déterminant. Mais, pour ce qui est de la spécificité même de l’Afrique, circulant de nord au sud et d’est en ouest , il est facile de se rendre compte du facteur déterminant qui est la géographie et la culture, de même que nos langues et notre mode de vie déterminent en quelque partie nos actes et nos œuvres, il ne peut y être autrement pour une œuvre aussi artistique qu’elle soit.
C’est la première fois que j’apporte ma modeste contribution dans ce forum d’idées qui fait notre fierté.
Réaction de M. Claude FEIX
contact@fondationolivier.com
Date: Lundi 21 Juillet 2008, 18h57
Bonjour,
Pour parler d’art africain ne serait-il pas opportun de définir l’Art ? Ce n’est pas comme parler de l’Art contemporain même si cela se discute. Ma définition de l’art représente une création non négociée, sans critères du marché… En opposition à la création négociée que j’appelle design prenant en compte les critères essentiels du marché : esthétiques, fonctionnels,… (Je fais court)
L’art d’un continent veut-il dire quelque chose ? L’art venant d’un Africain, de quelle nationalité ? Cela a un sens de par la résidence de l’artiste… et encore… Sinon l’art africain : je ne comprends pas trop. Le surréalisme s’est inspiré grandement de l’Art ancien et rituel de l’Afrique dite noire, “proche de la nature”… Dans ma perception, la création artistique est universelle. C’est peut-être cela qui est nouveau en Afrique.l’Art est une approche “nouvelle”. En opposition avec des savoirs faire d’un art ancien hautement créatif certes mais avec une approche rituelle et utilitaire qui correspond plus à la définition du design. Peut-être que les deux seuls paramètres qui pourraient qualifier un art d’un continent, d’une nation… aujourd’hui seraient la répétition folklorique (humour) ou la création dite engagée socialement emprunte du regard de sa société proche. Témoin de son temps et de son espace. Sinon, les signes, les musiques, les techniques, les danses, les gestes… les couleurs, les mots ne sont-ils pas transversaux aux cinq continents : un mélange, une sauce ! Une “salsa” faite d’inspiration à la fois commune de la rencontre humaine et à la fois individualisée par le créateur lui-même… J’ai lu sur le net par une styliste et costumière Mame Faguèye BÂ que “L’Art arrive où on ne l’attend pas”. Bravo pour cette définition car on attend trop souvent l’africain de créer folklore, ce qui l’emmène bien souvent à reproduire la misère de son continent qui est par ailleurs tellement riche !
Que le Sénégal se réveille… Il n’y a pas d’art “africain” sans rencontre et sans regard de l’autre. L’artiste uniquement perturbé par son nombril n’est plus un artiste mais un lombric contemporain.
En attendant d’épuiser le reste des réactions, nous vous informons que le thème qui sera abordé prochainement portera sur « art et développement ». Des amis du réseau ont bien voulu apporter une offre à la demande.
A SUIVRE !
Rubrique animée par
Sidy SECK Conseiller en management et en entrepreneuriat culturels
Médiateur de l’Espace Ombres et Lumières (E.O.L.)
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